On ne guérit jamais de la mort d’un être cher comme un frère…

 

Depuis le 24 juin 2016, date du décès de mon petit frère, je ne vois plus le monde de la même manière. Je pensais qu’avec le temps, la douleur diminuerait, le manque se dissipera et que je finirai par m’y faire. Mais plus le temps passe, plus je ressens ce vide qu’il a laissé dans ma vie, plus je me pose des questions plus la douleur s’accentue. Trois ans après, je réalise qu’on ne guérira jamais de la mort d’un être cher comme un frère.

Il est née au petit matin du 15 Février 1997 à Labé. Nos parents venaient d’avoir leur deuxième garçon et quatrième enfant. Celui qui sera mon unique petit frère était née et ils l’ont appelé Mamadou Saliou comme notre grand-père maternel. C’était un beau bébé aux joues ronds et pleines. Fougueux, joyeux et plein d’énergie. Il était ce genre de bébé que toute personne voudrait pour soi-même.

Il fut, dès ses trois ans, inscrit à la maternelle, chose qu’il a eu du mal à accepter, pleurant tous les matins avant d’y être déposé par l’un de nos deux parents. Un enfant ‘’plein la maison’’, ‘’casse-tout’’ et ‘’bavard’’, il pouvait jouer et parler seul avec ses jouets toute la journée. Dès qu’il s’éclipsait de la maison pour aller jouer dans le voisinage ou chez nos grands-parents, le calme ou dirai-je la nostalgie s’installait. Si nous autres de la famille, apprécions quelques fois son absence, histoire d’avoir de la tranquillité, nos parents, eux jamais. Ils le réclamaient aussitôt alors qu’ils étaient persuadés que ce sont des ‘’arrêtes’’, ‘’quittes-ici’’ ou bien ‘’Ne touche pas à ça’’ qui interviendront dans les dix minutes qui vont suivre son retour. Mais comme on dit souvent, aucun gosse n’est jamais assez insupportable pour ses parents. Et On l’adorait.

Il n’aimait pas bien l’école mais il était obligé d’y aller. Il pouvait en un trimestre, arracher la moitié d’un cahier de deux cents pages pour confectionner des bateaux ou des avions pour jouer avec. Je me rappelle encore des scènes de colère de ma mère lorsqu’il faisait de telles bêtises et de lui avec son air innocent. Il écarquillait ses yeux, maniait drôlement ses doigts et disait bêtement que c’était juste pour jouer. Impuissante, il rendait ma mère!

Mon père lui pardonnait presque tout. Il le punissait ou corrigeait très rarement. Pour lui, c’était un enfant intelligent qui débordait d’énergie, pour lequel il fallait de la patience et une attention particulière. C’était également le point de vu d’un de ses enseignants de l’école primaire.

Entre lui et moi, ce n’était pas tout à fait la rose, il m’énervait, je le tapais, et parfois je le boudais pour, disais-je à l’époque, avoir la paix. C’est l’enfance, disaient nos parents, qui me trouvaient quand même parfois très dure avec lui.

Du haut de ses 15 ans, l’âge de la puberté, il devenait un peu plus posé ; la turbulence qui l’habitait, laissait place à un peu de maturité et de confiance en soi peu abusée pour moi. Sa taille ne lui donnait pas cet âge et ses fréquentations non plus. Certains de ses potes, étaient mes amis d’âge et d’autres beaucoup plus âgés que moi.

L’air pressé de s’ouvrir au monde, il voulait faire tout rapidement. ‘’Tu n’es qu’un gosse’’, lui rappelais-je souvent lorsque je le voyais adopter certains comportements d’adulte ou me parler sous un ton qui m’agaçait. Avec un air moqueur, il répliquait toujours ‘’ C’est ce que tu crois, tu n’as rien compris’’. On se chamaillait beaucoup mais on faisait désormais plusieurs choses ensemble. Je lui avais fait intégrer mon club culturel, on déclamait des poèmes et faisait du théâtre ensemble, on faisait équipe et partageait la même scène. A l’école, on participait ensemble aux activités culturelles et compétitions interscolaires.

65309365_2872104516149879_8099017240201920512_nFaire de la musique est toujours mal perçu dans une famille qui se veut respectueuse des valeurs de l’islam, comme la notre et lui, il voulait être musicien. J’ai été la première à m’y opposer craignant qu’il abandonne ses études pour se donner entièrement à cette passion que beaucoup de jeunes guinéens talentueux ont échoué à cause des raisons que nous connaissons tous. Lorsqu’il me soumettait ses textes parfois truffés de fautes, pour avis et correction je me moquais des thèmes. Ce n’était pas aussi nul que cela pour un gosse de son âge, je tentais juste de le décourager mais il ne lâchait pas pour autant. Je refusais d’écouter ce qu’il enregistrait en studio par peur de craquer et de céder à ce qu’il voulait mais je voyais le talent. Je suis allée jusqu’à convaincre mon père de le lui interdire. Ce dernier a usé de sa diplomatie habituelle pour lui faire comprendre qu’il ne s’opposait pas à sa passion pour la musique mais qu’il devrait d’abord mener ses études à bout. Ils se sont entendus sur cela et le deal était conclu. Je n’y pouvais plus rien.

Sa taille et son amour pour le basket-ball qu’il pratiquait peu, lui ont valu le surnom ‘’Koby Bryant’’, nom d’un célèbre basketteur américain. Il était trop grand pour un garçon de 17 ans. C’est peut-être à cause de cela d’ailleurs qu’il pensait pouvoir jouer le rôle de grand-frère sur moi (rires) en tentant de me protéger ou de me défendre. On était devenu si proches, on se disait des choses que la famille ignorait et ignore d’ailleurs jusque-là. Il me réconfortait et me rassurait quand je traversais des périodes difficiles :‘’Dia, laisse tomber, ne te prends pas la tête, ça va passer’’. Il était sincère et affectif.

La venue de mon fils au monde nous a encore plus rapprochés. Il adorait les enfants et celui-là était devenu notre petit amour commun, pour qui, on s’appelait et s’envoyait des textos et des photos en longueur de journée. Désormais, je lui tendais mes oreilles à propos de sa musique pour laquelle je suis toujours restée sceptique. Il me rassurait par sa progression à l’école, il sortait de très bonnes moyennes, il était apprécié par les encadreurs; il était très motivé pour réussir son bac et aller à l’université. Voilà le petit frère rêveur et ambitieux que j’aimais. Il était d’un coup devenu mature et cela m’impressionnait, il m’écoutait et me donnait des conseils tel un grand frère. Il était devenu une petite boite à secrets, bref une partie de moi.

Il avait 19 ans, il était en classe de terminale sciences sociales et il préparait activement son bac. On discutait déjà de ce qu’il voulait faire à l’université et des projets qu’on pourrait faire ensemble une fois qu’il nous rejoindrai, notre grand-frère et moi à Conakry. On pourrait veiller sur lui et s’entraider tous les trois, se disait-on.

Dans la matinée de ce vendredi 24 Juin 2016, 19ème jour du mois de ramadan, il m’a envoyé un texto m’annonçant qu’il avait réussi avec brio son examen blanc, celui qui précède généralement le bac: ‘’ Ne t’inquiètes pas, j’arrive pour la fac… Believe on me Sis’’ pour reprendre ses mots. J’étais contente et lui ai répondu que j’étais fier de lui et que j’attendais de voir ce qu’il nous offrirait au bac. Après quelques textos, on s’est dit ‘’Bye! A plus’’.

Mon petit frère et moi venions de nous parler pour la dernière fois…

De retour de la prière, il est allé pour ses cours de révisions. De l’école, il est allé prier ‘’Asr’’ avec ses amis, puis direction, le stade Elhadj Saifoulaye de Labé, où certains de leurs copains disputaient un match. D’après ses amis, il parlait et riait en bon animateur de groupe qu’il était, lorsqu’il s’est incliné calmement sur l’épaule de son ami pour ne jamais se relever. Il avait rendu l’âme! Ce jour là, une partie de moi s’en est allé, un espoir s’est éteint, des rêves se sont envolés et en mille morceaux, mon cœur s’est brisé!

Si seulement j’avais su qu’après cette conversation, on ne se reparlerait plus jamais, si seulement j’avais une idée de ce qui pouvait arriver à 17 heures ce jour, Si et seulement si, je pouvais deviner qu’on m’appellerait à 17 heures pour m’annoncer son décès je lui aurais dit combien de fois je l’aimais, combien de fois j’étais encore et encore fière de lui. Mais hélas, ce n’est que divine !

Aucun mot ne pourra décrire la douleur que j’ai ressentie. J’ai hurlé, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps puis je m’en suis remise à Dieu. Depuis ce jour, chaque fois que je pose mon front sur le sol et que je tends mes mains vers le ciel, je prie Allah de m’aider à m’en remettre, de lui pardonner et de ne plus m’infliger une telle douleur. Mais seul LUI peut. IL peut nous prendre qui IL veut et nous reprendra nous-même quand IL voudra.

Trois ans après son départ, s’il y a une chose dont je suis sure aujourd’hui, ce qu’on ne guérira jamais de la mort d’un être cher comme un frère.

‘’ Tu me manques ‘’MaSaliou’’ à tout moment et à toutes circonstances. Douleur et bonheur, j’aurais aimé que tu sois là pour le partager avec moi. Il y a tellement de choses qui se sont passés dont j’aurais aimé discuter avec toi. Mais hélas ! Mouctar grandit, Alhamdoulilllah, il ne se rappellera pas de toi et de tout l’amour que tu lui as voué c’est certain, mais je lui parlerai de toi et garderai jalousement et soigneusement vos petits souvenirs ensemble ainsi que les nôtres. La mort n’arrête pas l’amour, je t’aime et tu me manques, tu nous manques à tous! Continues de veiller sur nous de là où tu es petit ange. Nous continuerons de prier pour le repos de ton âme jusqu’à ce que notre tour arrive de te rejoindre!’’

Hadiatoullaye Diallo!

 

Qu’est ce qui nous reste réellement de la fierté d’être guinéens?

Je suis née et j’ai grandi dans un pays de l’Afrique de l’Ouest qui s’appelle la République de Guinée. Riche de sa diversité culturelle et ethnique, très beau de par son paysage verdoyant et vivable de son climat à deux saisons (sèche et pluvieuse). Sa capitale est Conakry, autrefois désignée ‘’perle de l’Afrique’’ de par sa beauté et sa propreté. Véritable scandale géologique, château d’eau de l’Afrique Occidentale. Voilà en plus bref ma belle et adorable Guinée! Un pays doté de tout pour être un Eldorado. Un pays qui a tout et qui manque presque de tout. Oui c’est là le paradoxe et nous en sommes fières ou peut-être pas véritablement fières!

Conakry-Ville (1)

J’ai grandi dans un milieu où j’ai eu la chance de connaître et côtoyer des gens issus des quatre régions naturelles. Si je ne parle pas au moins quatre langues différentes de mon pays c’est parce que je n’ai pas un grand sens d’apprentissage des langues. Mon père a eu des collègues soussous et malinkés dont certains enfants ont fréquenté la même école et parfois fait la même classe que moi rapprochant ainsi nos parents et renforçant leurs liens. Ma mère, de son côté s’est faite des amies issues d’autres milieux avec lesquelles elle a développé des relations fraternelles dirai-je.

Certains d’entre eux militaient pour Conté, d’autres pour Bah Mamadou ou Siradiou Diallo ou encore Jean Marie Doré (pour le peu que je me rappelle). Jamais en ce moment quelqu’un était rejeté ou remise en question par son ethnie ou son appartenance politique au point de se haïr ou de vouloir même la mort de son prochain comme cela se passe ces dernières années chez nous. Où est passé donc cette fraternité ou cette diversité culturelle qui faisait à la fois notre beauté, notre fierté et notre force ?

Petite écolière et élève, on m’a enseigné à l’école que la Guinée était riche de son sous-sol: bauxite, diamant, or et autres… sans parler du nombre de fois où on m’a parlé en cours de géographie de la fertilité de sa terre, propice donc à l’agriculture, de l’immensité de ses terres cultivables et de son abondance en eau. Qu’ont-ils fait de tout cela?

 

Quinze ans avant aujourd’hui, si on me disait qu’en 2018 nous devrions faire face à des problèmes d’eau, d’électricité, d’infrastructures sanitaires ou éducatives, mes rêves d’enfant et la foi en la richesse de la Guinée dont on me parlait tout le temps m’auraient empêchés de le croire. Je ne dis pas que ça n’a pas évolué depuis mais pas à la hauteur de mes rêves de gamines et ils n’étaient pas exagérés ces rêves, ils étaient justes et normaux.

Innocente, je ne pouvais penser que des gens, des guinéen.n.e.s auraient contribué à appauvrir ce pays au lieu de le développer, le piller pour se remplir les poches servant par individualisme, créant ainsi une cuisante injustice sociale et de la frustration. Je ne pouvais penser que des guinéens à la quête du pouvoir pouvaient nous mentir en créant des rivalités ethniques et régionalistes plongeant les pauvres citoyens dans une haine féroce. Eh oui! A le dire ou pas, c’est là que la médiocrité, l’égoïsme et la mauvaise foi de nos dirigeants nous ont conduits. Mais tout ceci a été bien évidemment rendu possible par la complicité et la naïveté de la population qui s’est laissée berner par des discours cousus de nulle part et sacrifiant sa solidarité au lieu d’exiger de ces politiques la vérité et le travail.

De conté à Condé (je ne parle que du peu que je connais), ce sont les mêmes qui partent et qui viennent, du plus petit poste au haut sommet de l’État, chacun œuvrant à se faire briller, se remplir les poches, et à ravitailler son clan avec l’argent du pauvre contribuable. Ce sont les mêmes qui se gavent, les mêmes qui se saignent. Des élites, de bons cadres ce pays en a certes connu mais des malhonnêtes et véreux aussi, il en a connus beaucoup.

Et c’est la même classe politique qui nous emmerde depuis des lustres. De quoi en a-t-elle fait preuve ? De bons projets de société ? D’une bonne politique gouvernementale ? D’une participation efficace au développement de la Guinée ? D’une gestion efficiente de nos biens et richesses ? Non, je n’en crois pas. Mais ce dont je suis sûre, ce qu’ils ont réussi à faire de nous des haineux incapables de raisonner et de voir la réalité en face; à faire de nous leurs instruments qu’ils peuvent manipuler à leur guise tels des moutons qui suivent inconsciemment leurs bergers. Ils nous ont menti, trahi et ils ont réussi à nous diviser.

A chaque sortie d’un rapport sous-régional, africain ou international sur des questions de développement et de droits humains, la Guinée occupe souvent les places les plus obscures voire déshonorantes. Nous assistons à des tueries à la hollywoodienne, des viols sur mineurs sont enregistrés chaque semaine, des braquages, des enlèvements, des disparitions. Qui sait quoi et pourquoi? Personne n’en sait rien, la justice n’existant que contre les faibles, privilégiant les riches et les commis de l’État garantissant ainsi l’impunité. Des enquêtes sont toujours ouvertes qui ne connaissent jamais de suite et donc, aucune justice n’est rendue aux victimes.

Victor Hugo nous disait: «L’éducation c’est la famille qui la donne; l’instruction c’est l’État qui la doit». Qu’en est-il en Guinée? Ces dix dernières années, aucune année scolaire n’est entamée sans être interrompue. Si ce ne sont pas les politiques qui crient, ce sont les syndicalistes qui réclament ou les enseignants qui demandent de meilleures conditions de vie. Ça crie, ça débraye, ça bloque, ça tue… les enfants ne vont pas à l’école. Qu’ont-ils fait pour mériter cela ? Que faut-il pour ne pas qu’ils sombrent dans l’ignorance ? On ne sait pas! Le gouvernement a d’autres priorités que l’instruction de sa jeunesse et certains parents diront que les temps sont durs, pas question à veiller sur les gamins, ils doivent chercher de quoi les nourrir, d’autres restent les bras croisés arguant qu’ils ne savent pas quoi faire, ce qui n’est pas totalement faux mais ça ne justifie pas la négligence de l’éducation de leur progéniture.

 

Nous avons entendu du côté du gouvernement que «les enseignants sont mal formés et ce n’est pas normal qu’ils demandent à être payés cher.». D’accord, mais qui les a formés, qui les a recrutés ? Comment sont-ils donc devenus enseignants? Peut-être qu’ils sont tombés là-dedans un beau matin comme par magie. Pire, un gouvernement sans gêne confirme que les enseignants de son pays sont mal formés, ça frise le ridicule. Et au lieu d’y remédier, on nous enfonce dans un véritable merdier.

En attendant que ceux qui sont censés régler cette situation finissent leur jeu d’entêtement et d’intimidation à la con, les enfants continuent de sombrer à la maison et dans les rues. Je plains surtout ces enfants dont les parents comme les miens, qui ne sont pas des privilégiés de l’État et n’ont pas les moyens de les emmener ailleurs ou dans des écoles privées huppées. En voilà une autre injustice sociale. Et pendant ce temps, des fonds qui auraient pu contribuer à l’éducation de toute une nation sont destinés qu’à un groupe d’individus ou utilisés dans des futilités.

Et avec tout cela, pouvons-nous dire encore que la jeunesse est la relève de demain ? Comment une jeunesse mal formée ou pas du tout formée au 21ème siècle, en 2018 peut-elle constituer une relève pour un pays ? Possible, mais dans nos rêves! Comment un enfant aujourd’hui qui n’a demandé qu’à être éduqué et instruit peut se sentir redevable envers son pays qui a été incapable de lui offrir une meilleure éducation ? Pourrons-nous en vouloir à cet enfant, si un jour, il parvient à se sauver et trouver ailleurs ce dont il a besoin pour s’épanouir ou fuir par n’importe quel moyen à la recherche de ce que j’appelle «un lendemain meilleur»? Je crois que nous devrions en avoir honte !

Dès qu’on se demande comment nous tirer de cette situation ‘’merdique’’, on a tout de suite tendance à penser à la jeunesse. Sauf que je reste sceptique à sa fiabilité. Une jeunesse qui ambitionne d’être fortunée facilement par n’importe quel moyen et non de passer par tous les moyens pour se former. Une jeunesse égoïste et individualiste, qui au lieu d’être solidaire, se livre à la facilité et à la notion ‘’ Tout va bien pour moi, tant pis pour les autres’’.

Des jeunes qui au lieu de se surpasser de leurs divergences d’opinion et appartenances politiques pour mettre en avant leurs compétences et unir leurs actions pour impulser bravement leurs initiatives et activités, se livrent à la concurrence déloyale et se laissent instrumentalisés par des soient disant ‘’ Boss, grands, mentors’’ qui ne font que se servir d’eux. Je doute fort qu’une telle jeunesse puisse nous sortir d’une situation aussi désespérante que celle qu’on vit actuellement.

Tout n’est peut-être pas noir ou négatif. Très peu de choses me font croire que nous pouvons espérer un changement proche. Cependant, il y a une poignée de personnes et quelques actions minimes soient-elles qui nous donnent envie de croire que l’espoir est encore permis.

Par exemple, ces personnes qui se sont battues seules sans attendre une quelconque aide étatique pour bâtir quelque chose et faire profiter à leurs semblables. Aussi, ces jeunes entrepreneurs (je ne parle pas des vendeurs d’illusions mais des entrepreneurs dans le vrai sens du terme) qui sont partis de rien pour bâtir leurs entreprises offrant à d’autres jeunes l’opportunité d’apprendre et de travailler. Ces quelques rares jeunes et femmes qui ont le sens du partage d’expérience et de l’entraide dans la discrétion, qui ont encore le sens de la loyauté, de l’intégrité et qui agissent avec honnêteté et conviction. Oui ce sont aussi ces quelques rares jeunes à l’intérieur du pays qui sont souvent oubliés dans les grands rendez-vous concentrés à Conakry et dans le partage des rares financements octroyés par l’État, qui sont restés dans leurs préfectures ou villages à œuvrer avec leurs petites connaissances pour le développement de leurs localités. Ces jeunes hommes et femmes qui, à travers leur créativité, leur innovation et dévouement, transportent la Guinée au-delà de ses frontières. Mais également ces jeunes filles et femmes contraintes dans leur épanouissement par les réalités socio-culturelles, qui parviennent quand même à se faire de la place dans cette société si discriminatoire et à se faire entendre. Ces jeunes filles qui montent des petits groupes pour se défendre et protéger leurs sœurs contre les fléaux qu’elles subissent au quotidien: viol, excision, violences, maltraitance, mariage précoce, déscolarisation… Sinon vraiment qu’est ce qui nous reste de la fierté d’être guinéens ?

Sans risque de me faire lapider, je dirai que la majeure partie des guinéens disent être fiers de la Guinée par preuve sociale ou pour montrer un patriotisme masqué par l’hypocrisie puisque nous aspirons tous à mieux, nous voulons d’une Guinée meilleure que celle qu’elle est aujourd’hui. Alors autant se mettre ensemble, d’y travailler que de se mentir par une simple phrase «Je suis fière d’être guinéen.n.e» .

En tout cas moi, je serai moins offusquée lorsque mon pays est identifié comme ‘’Guinée Conakry’’ par méconnaissance que lorsqu’il est taxé de ‘’Pays sans avenir’’, de ‘’pays pauvre’’ ou encore de ‘’pays en conflits ethniques’’ par preuves existantes.

La première personne sur laquelle on peut compter c’est soi-même…

La première personne sur laquelle on peut compter c’est soi-même…
Ils vont t’admirer, apprécier ton courage et ta détermination. Ils vont t’écouter, Vous allez parler projet et ils vont t’encourager voire même te harceler à entreprendre et à te lancer te faisant croire que si tu ne le fais pas tu aurais raté le déclic de ton bonheur! Tu auras des doutes mais ils continueront à t’encourager et ils vont te promettre de t’epauler et d’être là pour toi et pour toujours. Tu vas les écouter et leur faire confiance, tu passes des nuits blanches et des journées à réfléchir, à écrire, à raccomoder et à construire. Tu vas entamer ce projet et il va prendre forme. Tu sacrifies des choses très importantes de ta vie pour le mûrir en y mettant le meilleur de toi-même! C’est tellement fascinant de faire les choses avec amour et confiance en soi et surtout avec l’espoir qu’il va aboutir, qu’on ne peut pas calculer l’énergie et le temps dépensés pour le faire. Telle une mère qui voudrait voir son petit bébé grandir, nous souhaitons tous voir nos petits plans fonctionner comme nous l’avons exactement prévu! Sauf que cela n’est souvent pas le cas et ça fait parti de la vie. Une citation d’ailleurs nous dit que  » ce n’est pas échouer qui est mauvais, c’est le fait de n’avoir pas essayé ». Ces mêmes personnes qui t’encouragent ne sont pas forcément qui seront celles qui vont t’aider à te relever quand tu tomberas.
Comptes peu sur l’expression « Je serai toujours làpour toi »
Tu trébucheras, tu te heurteras, tu tomberas parfois mais tu te battras toujours pour te relever et te remettre sur ton chemin dans l’optique d’atteindre ton objectif puisque tu y crois. Tu te lasseras, tu voudras parfois abandonner mais d’un coup tu te rappelleras que tu as ces personnes qui ont cru en toi, qui t’ont encouragé à t’engager et qui ont promis de t’accompagner et d’être là pour toi pour t’épauler. Fatigué de lutter seul, impossible de s’en sortir seul, tu as besoin d’appui, tu as besoin d’aide pour franchir une étape que tu penses être infranchissable sans appui, puis hop un jour tu décides de tendre la main à ces personnes. C’est là que tu comprendras que la phrase « Je serai toujours là pour toi » n’a de valeur que dans les dits mais n’a aucun sens dans les faits. C’est là que tu réaliseras que tu ne peux pas compter sur eux et que t’es réellement ta propre et unique canne qui te sert d’appui.

 » La contribution est individuelle et non obligatoire »
Tu seras déçu, tu te sentiras trahi, abandonné et seul. Normal! Ne dit-on pas que la meilleure façon de ne pas être déçu c’est de ne jamais attendre rien de personne? Tu serai fatigué à un moment donné de lutter seul mais jamais déçu de tes accomplissements minimes qu’ils soient. Tu voudras jeter l’éponge, mettre croix sur tes projets sous prétexte que tu n’as pas été aidé. Ce serait vraiment immature et lâche d’abandonner puisqu’une personne ne t’a pas épaulé alors que tu es arrêté sur tes pieds avec tes autres membres bien au complet, doté d’une intelligence et d’une force petites soient elles. Tu aurais satisfait ceux qui ont voulu te voir échouer, tu aurais donner raison à ceux qui ont refusé de croire en toi et tu leur aurait donné l’occasion de savourer ton échec et de se moquer de toi. Au lieu d’abandonner et de les en vouloir, il faut travailler à la réalisation de tes rêves et à l’atteinte de tes objectifs. Paul Coelho disait ceci:  » l’univers nous aide toujours à nous battre pour nos rêves, si bêtes qu’ils puissent paraître. Ce sont nos rêves et nous sommes seuls à savoir combien il nous a coûté de les rêver »
« Exiger beaucoup de soi et attendre peu des autres »
Dans la vie du moment où tu t’es prouvé à toi même que tu as des valeurs et du potentiel, tu ne dois rien attendre de personne. Du moment où tu t’es fixé des objectifs, tu dois absolument te donner les moyens de les atteindre. Nous avons certes, tous besoin de compter sur les autres, d’être pris en charge, validés, encouragés et soutenus. Mais ce n’est pas une obligation, la contribution étant individuelle et volontaire. Nous devons apprendre à puiser du « NON » des autres de la force, de l’expérience et du défi, cela nous permettrait d’être indépendant, en nous fiant à nous-mêmes, en prenant soin de nous-mêmes, et en se considérant le seul à soutenir les autres.
A un moment donné dans la vie, même nos parents ne pourront nous aider pourtant seul un parent voudrait que son enfant réussisse plus que lui. Aussi amoureux et protecteurs qu’ils soient, aussi déterminés à nous aider, leur aide ne pourrait éternellement nous servir. A un certain moment de cette vie il faut que tu crois en toi, que tu saches décider et agir seul. Bref dans la vie, il faut savoir compter sur soi-même et exiger peu des autres.
Ne baissez jamais les bras, ne reculez pas devant les obstacles, bravez-les et foncez vers votre but et vous y arriverez. N’en voulez pas aux gens parce qu’ils ne vous ont pas aidé, battez-vous et travaillez pour être celui ou celle qui peut aider! C’est aussi cela la vie!

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Hadiatoullaye Diallo
Journaliste indépendante/ Communicante

Santé: serment d’hippocrate ou serment d’hypocrites en Guinée?

A quoi sert le sermon d’hippocrate en Guinée? Quelle est la mission d’un médecin au juste? A quoi servent les autorités dans un pays?
Depuis avant hier Je me pose une nouvelle fois ces questions sans cesse et j’avoue que je suis perdue, mais carrément à bout quoi! Le cas de ce jeune couple Guissé qui a perdu ses quadruplés le week-end dernier par la négligence de leur médecin gynécologue et par faute d’équipements à l’institut de santé et de nutrition de Donka me hante l’esprit. Le couple perd ses 4 filles parce que tout simplement un médecin dit ne pas être disponible et parce qu’on nous raconte à Donka que les couveuses qui pouvaient certainement sauver ces enfants ne sont pas  » électrifiées ».
Un médecin prête serment et jure d’être fidèle aux lois de l’honneur et de la priorité, de sauver des vies et de ne jamais provoquer la mort mais fait tout le contraire dans l’exercice de sa profession. C’est exactement ce qui se passe dans le système sanitaire en Guinée. Au-delà du calvaire financier auquel font face les citoyens dans les hôpitaux et cliniques, il y’a cet autre aspect qui nous coûte la vie: la négligence et le manque d’humanisme des médecins. Leur seul but amasser du fric et se remplir pleines les poches, ils s’en foutent éperdument de la situation sanitaire et financière de leurs patients qu’ils considèrent comme des clients.
Le gynécologue est l’une des personnes les plus importantes dans notre vie. Il est l’un garant sûr de notre vie et de notre progéniture. Il est censé être quelqu’un de: bien formé, disponible, attentif, compréhensif, doux, réconfortant et patient. Il doit vous conseiller et vous soigner sans vous juger ou vous angoisser.
Mais bon Dieu avons-nous ce type de gynécologue en Guinée? Non c’est devenu du diamant noir. On en trouve rarement mais très rarement pour ne pas dire qu’il n’existe pas. Ils se font appelés des Professeurs dans le domaine et n’ont pas le sens même de L’humanisme. Comment un médecin peut être aussi cruel au point de minimiser la vie d’un être alors que le service qu’il rend n’est même pas gratuit. Il réclame des sommes au-delà de nos moyens… et dire un simple accouchement dans les cliniques de ces « fameux professeurs et Docteurs en la matière » se négocie à 5 millions de francs guinéens. Non mais allô quoi ?
Djen Boiro Sylla, une femme qui a accouché et perdu ses jumeaux entre la clinique de Professeur Telly Sy située à Lanbanyi où elle a accouché et Donka ou son bébé a été transféré, en racontant son calvaire, m’a confié ceci:  » ils m’ont cassé le moral, je n’avais plus la force de pousser mais grâce à mon mari j’y suis arrivée parce que c’était une question de vie ou de mort. Quand le premier bébé est arrivé il pleurait, j’ai demandé à ce qu’ils le protègent étant trop petit. Un des infirmiers m’a répondu: Mme ce n’est pas la peine il ne survivra pas c’est un prématuré. Ils m’ont forcé à pousser le second qu’ils avaient déjà étouffés à l’intérieur avant de le tirer avec force pour s’en débarrasser… »
« … ils m’ont fatigué et ont failli me tuer à l’accouchement. J’ai accouché des bébés qui pleuraient et bougeaient. Ils auraient pu les sauver mais ils n’ont fourni aucun effort. Ils ont dit à mon mari que ce n’est pas la peine d’envoyer les enfants à Donka, ce sont des prématurés... », a relaté Mme Guissé Sira Camara, la mère des quadruplés.
J’ai eu froid au dos et les larmes aux yeux quand j’ai écouté ces histoires. Comment un médecin ou un infirmier peut jeter de telles paroles choquantes sur le visage d’une patiente qui est en train de donner la vie? Quelle cruauté! Quel manque d’humanisme!
Ceci dit que le couple Guissé, qui aujourd’hui vit un véritable choc, n’est pas la première victime de Pr Sy et l’INSE de Donka et il ne sera pas le dernier s’ils ne sont pas stoppés maintenant. Qui sera la prochaine victime ? Ça peut être n’importe qui…toi, moi ou quelqu’un d’autre.
Bon DIEU, mesdames et messieurs il faut qu’on se réveille dans ce pays. Il faut que ça s’arrête un peu. Les victimes doivent arrêter de garder le silence, dénoncer ces médecins et les traduire en justice pour éviter qu’il y ait d’autres victimes. Il faut sonner ces autorités pour qu’elles se réveillent et se préoccupent un peu de notre situation. Nous avons droit au minimum, ne serait ce qu’à la santé voyons. Que ça s’arrête cette façon de boucher les gens dans les hôpitaux!
#LaVieHumaineEstSacrée #StoppezCesMedecinsAssassins #NousAvonsDroitALaSanté
Hadiatoullaye Diallo
Journaliste/Communicante

african doctor in hospital ward

Image d’illustration

À qui la faute? Cri de coeur d’une guinéenne inquiète!

Depuis près de 10 ans, nous sommes en train de tourner à vide. Que des répétitions bêtes, des manifestations et élections bidons qui n’ont servi à rien sinon de diviser les citoyens de ce pays créant ainsi des rivalités ethniques, bafouiller l’éducation des enfants et tuer des innocents.
Qui en est le responsable? Sans risque de me mordre le doigt, j’indexe nos politiques et gouvernants. Ces politiques qui ont réussi à nous diviser, à nous instrumentaliser, à se servir de nous pour régner et ensuite se retourner contre nous pour nous faire vivre l’enfer. Ces gouvenants qui piétinent nos droits, qui se montrent indifférents face à nos besoins les plus élémentaires et qui se plaisent à tripoter l’éducation des fils de ce pays: le droit le plus élémentaire et le plus indispensable pour un enfant.
Pouvoir et opposition ne se retrouvent pour dialoguer et signer des faux accords que pour des élections bidons comme celles qu’ils viennent tous de nous servir dont les conséquences sont en train de coûter à cette pauvre population. Des enfants tués, des biens des paisibles citoyens détruits et la justice n’existant que de nom, réparation n’aura jamais lieu. Tout cela pourquoi? A quelle fin? Pour qu’ils se trouvent au sommet à décider de notre sort tel que nous sommes en train de vivoter aujourd’hui. Pour qu’ils puissent se remplir les poches et crier après à l’absence de ressources pour améliorer notre situation. Oui parce qu’ils se seraient gaver avec!
Qui a fait quoi pour les arrêter et changer la situation dans laquelle nous citoyens, sommes en train de croupir? Qui devait agir pour nous sortir de cette merde? C’est là que la société civile devrait montrer ses muscles, malheureusement elle n’existe que de nom, c’est mort pour l’heure on ne peut pas compter sur elle. La jeunesse, oui ces jeunes qui constituent la majorité de la population guinéenne et qui à mon avis, devraient être les plus grands acteurs pour un changement positif de la Guinée. Mais hélas, le patriotisme et l’intégrité ont foutu le camp et l’individualisme et la demagogie se sont confortablement installés. Eux qui devraient parler d’un même langage, porter les mêmes préoccupations, regarder dans la même direction et agir ensembles, ils ont préféré se tourner chacun dans son coin, chantonner et applaudir pour qui il veut ( son soit disant mentor ou disons son gagne-pain) oubliant qu’un jour celui-ci partira de son fameux poste et la Guinée restera telle. Des jeunes qui se font appeler activistes, il y’en a tellement mais ceux qui le sont réellement se comptent au bout des doigts d’où l’échec des multitudes d’actions entreprises par des associations et mouvements. C’est là que je donne raison à celui qui est censé être le ministre de la jeunesse qui a qualifié les jeunes activistes d’imposteurs car il savait exactement de quoi il parlait ce jour.
Aujourd’hui ces enfants sont empêchés d’aller à l’école parce que tout simplement un gouvernement se montre assez orgueilleux pour appeler autour de la table de dialogue un syndicat qu’il traite de rebelle et qui finalement espère résoudre le problème par l’intimidation. Mais je rappelle que ces enfants ont des parents, des hommes et des femmes qui, la plupart, militent dans des partis politiques et sortent manifester à chaque fois que ceux-ci font appel à un mouvement de grève pour des causes perdues (élections). Alors empêcher son enfant d’aller étudier n’est il pas suffisant pour révolter un parent et le pousser à se faire entendre? Non c’est le cadet de sa préoccupation. Il te dira qu’il est occupé à trouver de quoi le nourrir.
La jeunesse que nous sommes, devrait avoir honte et faire face aux réalités que seule nous pouvons changer. Nous devons nous débarrasser de cet individualisme, de ce jeu de double-face, de cette démagogie et affronter ensembles ces problèmes qui nous empêchent d’évoluer, contraindre ceux qui nous gouvernent à faire normalement leur boulot ou à les dégager de là parce que de toute façon ils n’en ont rien à foutre.
La majorité des membres du gouvernement et des politiques ont leurs enfants ailleurs dans des conditions hautement meilleures que celles dans lesquelles nous croupissons. Nous sommes les seuls perdants dans cette histoire! Etre père ou mère d’un enfant Guinéen équivaut à une routine de soucis et d’insomnie. Je suis une mère inquiète, désespérée et très enragée aujourd’hui.
D’aucuns me disent souvent  » laisse tomber et cherches toi « . Ils n’ont pas tort parce que c’est ce que tout le monde fait, la situation de la Guinée ne préoccupe personne à vrai dire, chacun se préoccupe de sa propre situation. Nous venons le crier sur la toile Mais au fond beaucoup d’entre nous mangent avec ceux qui nous mangent comme disait l’autre. Mais qui alors pour changer le pays? Car lorsque les gens « biens et capables » démissionnent, ils donnent ainsi la chance aux médiocres qui ne feront que nous pousser au fond du gouffre.
Ne pouvant pas y arriver seule, je préfère croiser les bras et m’en vouloir toute la vie que de m’engager avec des imposteurs dans un quelconque combat qui sera forcément voué à l’échec. Quand la majorité des jeunes se sentiront prêts à agir pour de vrai, mes bottes sont prêts je les enfilerai et me mettrai devant. D’ici là je vous exhorte à remuer vos méninges et à prendre conscience car lorsque le pire se produira, nous en serons tous comptables.
#AgirOuPerir #CestMaintenantOuJamais #CriDuCoeurDuneMèreInquiète #NosEnfantsMeritentMieux

Hadiatoullaye Diallo

Journaliste/ CommunicanteScreenshot_20180217-140547

Cette histoire d’étoiles ‘’ au loto’’ qui brise des cœurs !

En Guinée précisément au Fouta-Djalon, il est très difficile d’épouser la personne que l’on a choisie par amour. Les traditions font que la fille ou le garçon ne peut en aucun cas choisir seul son/sa conjoint(e) sans l’aval de sa famille ou l’avis des marabouts.

Se marier est une phase décisive mais aussi très complexe pour les jeunes dans le milieu foutanien. Les parents, très souvent conservateurs, se posent des questions, auxquelles ils cherchent incessamment des réponses sur le choix de leurs enfants quand il s’agit de se marier. Que ce soit la fille ou le garçon, quiconque annonce à la famille avoir trouvé son âme sœur, est obligé de fournir des réponses à un tas de questions liées à ce dernier ou à sa famille. Qui est-il/elle? Que fait-il/elle? Qui sont ses parents ? De quelle descendance sont-ils ? Djonboyankés, kalduyankés, seydiyankés ou guériyankés (des sous-groupes claniques chez les peuls…) ils vont jusqu’à demander parfois quelle taille fait-il/elle (ils ont leur interprétation à faire de la taille aussi) ; Ce sont entre autres interrogations auxquelles il faut forcément répondre pour disent-ils savoir à qui ou à quel type de famille ils ont à faire, sous prétexte que ce ne sont pas les prétendants qui se marient mais les familles. S’ils ne sont pas satisfaits des réponses fournies, ils passent à cette autre étape que moi j’appelle le ‘’jeu de hasard’’ : Ils vont consulter un marabout ou un leader religieux pour, arguent-ils vérifier si les ‘’étoiles’’ des prétendants sont concordantes. Ils veulent savoir fondamentalement, si une fois mariés, ces personnes feront des enfants, s’ils seront heureux ou auront longue vie ensembles. Ils expliquent leurs préoccupations, confient les noms des ‘’amoureux’’ et de leurs parents, puis attendent un résultat. Si le marabout après son jeu de cauris, de chapelet ou de je ne sais quoi d’autres ; ou bien le religieux suite à ses invocations et prières disent que leurs étoiles sont conformes, dans ce cas, les parents sont d’accord et sont prêts à bénir l’union. Si le contraire se produit, c’est-à-dire que les prétendants sont jugés par le marabout, incompatibles pour le mariage, alors là ils feront tout pour ne pas qu’ils se marient. Ainsi il est donné un sens aux paroles des ‘’pronostiqueurs’’ et non à l’amour que les deux voulaient matérialiser par le mariage.

Est-il juste de s’appuyer sur ces ‘’pronostics’’ pour définir le destin d’un couple ? Est-ce que c’est à un marabout ou à un religieux de savoir et de prédire jusqu’à quand quelqu’un va vivre ? Comment des êtres humains peuvent savoir si des gens auront longue vie ensembles ou pas ? S’ils seront riches ou pauvres, s’ils procréeront ou pas, ou encore s’ils seront heureux ou malheureux ? En tant que croyant ma réponse reste celle-ci : on ne peut prévoir le destin car pour moi le dernier mot revient à Dieu. Et ceci n’est qu’une tradition et non une recommandation de l’islam (source : des religieux auxquels j’ai posé la question).

Combien de cœurs cette histoire de ‘’conformité d’étoiles’’ a-t-elle brisés ? Combien de couples ont-ils divorcés à cause de cette histoire ? Je ne peux donner de nombre exact ; ce qui est sure, ce que cette fameuse tradition brise des cœurs et des foyers.

A une discussion entre femmes en Septembre 2017 à Conakry, cette question a été évoquée (un débat que j’ai provoqué bien sûre). C’est alors là qu’une femme, enseignante de profession, m’a confié ce qu’elle a vécu à cause de cette tradition. Se marier a été très compliqué pour elle, m’a-t-elle expliqué. Elle croit dur comme fer que cette histoire d’étoiles n’est qu’une tradition archaïque qui n’a aucune valeur : « Lorsque j’étudiais à l’université de Kankan, beaucoup d’hommes ont voulu de moi en mariage ; j’ai refusé parce que non seulement je ne les aimais pas mais aussi parce que je ne voulais pas interrompre mes études malgré l’insistance de mes parents. Alors en 2003 j’ai rencontré un homme qui était dans la même université que moi mais qui me dépassait de deux classes et qui était lui sur le point de finir. On a vite sympathisé et on est devenus de bons amis. Il m’a fait une demande en mariage une année après notre rencontre, j’ai réfléchi quelques mois en poursuivant toujours la communication avec lui. J’ai ensuite fait la proposition à mes parents qui m’ont demandé un temps de réflexion après m’avoir posé des milliers de questions sur lui et sa famille auxquelles quelques fois je ne pouvais répondre, ne connaissant pas sa famille. Un jour, j’étais venue passer les vacances chez mes parents, j’ai relancé la question, ma mère m’a répondu carrément sur un ton ferme que je ne pouvais me marier avec cet homme. Surprise, j’ai demandé pourquoi ; elle me répond, que c’est parce que celui-ci n’est pas mon mari. Je trouvais cette réponse tellement vague que j’ai poussé les interrogations, alors elle m’a dit que ce sont nos étoiles qui ne correspondaient pas. J’ai éclaté de rire et lui ai demandé comment peut-elle le savoir. Elle m’a répondu qu’elle est allée voir des sages et des marabouts, aucun d’eux n’a dit du bien sur cette éventuelle union. J’étais déçue et perdue parce que j’aimais déjà ce jeune homme mais avec l’appui de mon père, ma mère a tout fait pour me détourner l’esprit et empêcher ce mariage. Ils m’ont ainsi brisé le cœur et m’ont fait perdre le premier vrai amour de ma vie mais comme chez nous on ne peut défier nos parents, je me suis pliée à leur vœu et je suis restée quelques années sans parler de mariage… »

En me racontant cette histoire, je lisais sur son visage du regret, de la pitié et surtout de la déception. Poursuivant son explication, elle m’a fait comprendre que dans sa famille aussi, il ne peut y avoir de mariage sans cette pratique : « … En 2008, par le biais de ma sœur, un homme s’est présenté en famille pour demander ma main ; là aussi ils ont fait la même consultation et cette fois-ci ils m’annoncent que c’était lui l’homme que j’attendais, qu’on sera heureux et aura des enfants ensembles. Avec beaucoup d’incertitude je me suis mariée avec lui en Juillet 2008 vu que je prenais de l’âge. J’ai fait un garçon avec lui puis les problèmes ont commencé ; je l’ai aimé certes mais ce n’était pas mon genre d’homme. Il voulait être obéit comme à l’époque de nos ancêtres (rires), et voulait coute que coute j’arrête de travailler pour rester à la maison ; Je ne supportais plus, c’est ainsi j’ai demandé le divorce en 2011. Où est passé cette éternité qu’avaient prédit les marabouts de ma mère ? C’est pourquoi je dis que cette vérification des étoiles n’est rien d’autre qu’une façon pour les parents de pouvoir avoir leur mot à dire dans nos choix sinon ce n’est pas vrai. Seul Dieu connait le destin. Je me dis parfois que si je m’étais mariée avec l’homme à l’université, je n’allais pas divorcé peut-être. Qui sait ? En tout cas jusque-là j’ai la ferme conviction que si je m’étais mariée avec lui, les choses auraient été différentes pour moi…»

Elles sont nombreuses ces personnes comme cette femme ayant été confrontée à cela, notamment des membres de ma propre famille. Lorsqu’une fois j’ai demandé à ma mère le pourquoi de cette consultation avant le mariage, elle m’a répondu qu’elle ne connait pas exactement et n’y croit pas trop parce que c’est Dieu qui connait la bonne personne mais ‘’ Ko Finaa Tawa’’, traduisez ‘’ C’est la tradition, c’est avec ça nous avons trouvé nos parents’’.

Lors d’un autre débat autour de cette question que j’ai initié récemment entre ‘’potes’’ dans un endroit récréatif, un de mes amis dont je préfère taire le nom nous a expliqué qu’il est à l’heure actuelle en train de vivre les séquelles de ce jeu au loto. Il a été contraint de renoncer à une fille à laquelle il tenait beaucoup parce qu’un marabout aurait confié à sa mère qu’une fois qu’il épousera cette fille, il décédera. Et à ce jour, cette fille a été mariée, donné naissance à une fille et vit encore avec son mari. Et pour mon pote, d’après ce qu’il a raconté, ce n’est pas la rose dans son foyer, pas d’enfants, pas de joie de vivre après 3 années de mariage. Et la question qu’il se pose aujourd’hui : Et si c’était avec l’autre ?

Alors après toutes les conversations que j’aie eues autour de cette fameuse question, avec mes amis, parents et quelques religieux, jusque-là je ne vois pas son utilité. A quoi bon d’empêcher des personnes qui s’aiment de se marier ou de forcer des gens à se marier parce que tout simplement un être humain a prédit un malheur ou un bonheur qui pourrait leur arriver ? Dieu nous a tous créés, chacun avec son caractère, seul lui connait la bonne ou la mauvaise personne, Seul lui peut décider jusqu’à quand allons-nous vivre et lui seul peut nous donner des enfants ou ne pas nous en donner. En attendant d’entendre des arguments plus convaincants sur cette pratique, je refuse de la croire et de la valoriser.

Comme Saint Augustin disait qu’à une loi injuste, nul n’est tenu d’obéir ; alors disons aussi que nul n’est tenu de valoriser une tradition injuste !

Hadiatoullaye Diallo, Journaliste/Communicante.

A quoi est-ce que l’année 2016 de la femme guinéenne a t-elle ressemblé?

La nomination de 7 femmes au sein du gouvernement de Mamady Youla a particulièrement été saluée. Mais cela n’a pas empêché aux femmes guinéennes de continuer à réclamer durant toute l’année 2016, le quota de 30% alloué aux femmes. Beaucoup de difficultés économiques et sociales auxquelles sont confrontées les femmes ont été également enregistrées cette année. Sur un autre plan plus ou moins réjouissant, la convention 183 de l’OIT pour la protection des domestiques a été adoptée par l’assemblée nationale. Donc le bilan des évènements qui ont marqué la femme guinéenne en 2016 a été plus ou moins reluisant.

L’année 2016 a démarré en beauté en Guinée par la nomination des femmes à des postes clés au sein du gouvernement. Mais sept femmes sur 31 ministres, c’est loin d’être paritaire. Ce qui fait que des femmes politiques et parlementaires ont continué à réclamer le quota de 30% alloué aux femmes dans les instances de prises de décision. La journée du 8 Mars, fête internationale de la femme a été célébrée sous le thème « Egalité pour les femmes, progrès pour tous ». Les femmes veulent la parité 50/50 à l’horizon 2030.

En plus de cette sous représentativité, l’année 2016 a été marquée par des violences physiques et sexuelles à l’encontre des filles et des femmes. La journée internationale de lutte contre ces pratiques a été célébrée dans un contexte où en Guinée 63% des filles se marient avant 18 ans et la quasi-totalité des femmes de 15 à 49 ans sont excisées avant l’âge de 15 ans. Pour les cas de viols, les statistiques indiquent que 23,4% des femmes en sont victimes avec 33,7% de cas d’abus sexuels notifiés. Les femmes continuent d’être privées de leurs droits à l’éducation, à la santé et à l’expression. La femme continue à souffrir de problèmes de maternité. Une femme de la trentaine, enceinte de 5 bébés était confronté à de graves problèmes respiratoires. Faute de moyens financiers et techniques, cette jeune dame de nom de M’Mawa Soumah a été évacuée au Maroc au mois de Novembre 2016 où elle a accouché par césarienne, le 15 janvier 2017, les 5 bébés dont 1 filles bien portants selon les informations données par l’hôpital. Face à la récurrence du viol en Guinée, des initiatives se sont créées pour dénoncer et lutter contre ce phénomène.

Dans un autre registre, les femmes qui se battent pour subvenir à leurs besoins se sont retrouvées en 2016 confrontées à d’énormes difficultés. Des femmes mareyeuses ont manifesté devant le ministère de la pêche et de l’économie maritime pour protester contre l’installation des frigos de poisson par des chinois dans les marchés de Conakry. Une autre grogne de femmes a été enregistrée dans le marché Dabondi au début du mois de Décembre. Celles-ci ont manifesté et bloqué la circulation pour réclamer près de 900 places dans le tout nouveau grand marché de Conakry. Des places qui, selon elles, leur ont été promises par le président Alpha Condé le jour même de l’inauguration de ce marché.

Sur un autre plan, cette fois plus, réjouissant, les membres du réseau des femmes ministres et parlementaires de l’Afrique de l’Ouest se sont retrouvées à Conakry pour élaborer un plan d’action sous régional qui sera soumis à la prochaine session de l’Union Africaine. Les mutilations génitales féminines et la mortalité maternelle ont été considérées comme des préoccupations majeures notamment en Guinée et en Mauritanie. Et lors de la plénière de l’assemblée nationale du 26 décembre 2016, pour boucler l’année en beauté, il y’a eu l’adoption de la convention 183 de l’organisation internationale du travail pour la protection des travailleurs et travailleuses domestiques. Il a fallu 5 ans de combat mené par le SYMEG syndicat des employés de maison de Guinée pour y parvenir.